Publié : 16 mars 2010

Filles et garçons minoritaires de genre en lycée et en CFA en Haute-Normandie

Une étude régionale a été réalisée sur les élèves minoritaires en tant que filles ou que garçons dans les formations techniques, en lycée et en CFA.

A partir de 300 questionnaires et 100 entretiens, Clotilde Lemarchant et son équipe de l’Université de Caen ont étudié la situation de ces élèves et apprenti-es, à propos notamment de leur choix d’orientation, de leur intégration en classe et entreprise, de leurs projets et des attitudes des adultes.

Une présentation des résultats a au lieu le 20 octobre 2009, en présence de M. le Préfet de Haute-Normandie, M. le Président de la Région Haute-Normandie, et de Madame le Recteur de l’Académie de Rouen.

Cette restitution a permis de mieux comprendre la spécificité de la situation de ces élèves et apprenti-es afin d’encourager les choix minoritaires et améliorer l’accueil de ces jeunes en lycée, en CFA et en entreprise.

L’intégralité du rapport est téléchargeable en pièce jointe (bas de page), ainsi qu’un résumé reprenant les principales conclusions.

Clotilde Lemarchant a présenté l’étude Unique en son genre à Mont Saint Aignan (maison de l’Université) le 26 Janvier 2010 .
http://www.univ-rouen.fr/audio/player.php?h=400&l=800&vid=http://www.univ-rouen.fr/audio/egal/egal05.flv

L’ETUDE SUR LES ELEVES ET LES APPRENTI-E-S MINORITAIRES DE GENRE EN HAUTE-NORMANDIE.

A. Qu’est-ce qu’un élève minoritaire de genre ?

D’origine anglo-saxonne (gender), l’utilisation du terme « genre » est aujourd’hui largement répandu en France. Il désigne la dimension socialement et culturellement construite des identités de sexe, ce dernier terme renvoyant à la dimension biologique des différences entre hommes et femmes. Le terme « genre » est souvent considéré comme équivalent à l’expression « rapports sociaux de sexe ».

Un élève « minoritaire de genre » est un garçon ou une fille qui est minoritaire dans sa formation en tant que garçon ou que fille. Sa situation est particulière parce que son choix d’orientation est atypique par rapport aux autres garçons ou aux autres filles. Il peut s’ensuivre des conséquences pour sa socialisation dans la classe ou pour la réalisation de ses projets parce qu’il ou elle ne correspond pas aux rôles qui sont majoritairement ou traditionnellement attendus pour son sexe.

B. L’étude en Haute-Normandie

Elle a pour objectif d’étudier les situations de lycéen-ne-s minoritaires de genre dans des formations techniques et professionnelles :

  • comprendre leurs motivations à choisir ces filières inhabituelles pour leur genre
  • connaître leurs objectifs d’avenir professionnel et leurs représentations de leurs chances d’insertion
  • comprendre la façon dont se passe et dont ils vivent leur situation spécifique.

Une première étude a été réalisée en Basse-Normandie (partenariat rectorat et Délégation régionale aux droits des femmes). Elle en reprend et approfondit les objectifs, en les élargissant à l’apprentissage et aux lycées agricoles.

Elle est réalisée en 3 temps (nov 2007 à juin 2008)

  • recensement des élèves minoritaires de genre dans l’académie (moins de 20% dans leur classe).
  • Questionnaires individuels et anonymes remis à 400 élèves
  • Entretiens complémentaires dans plusieurs lycées (proviseur-e-s, enseignant-e-s, CPE, COP, assistant-e-s social-e-s, infirmièr-e-s…)

Partenaires :

  • Rectorat de Rouen (SAIO, mission égalité des genres)
  • Conseil régional
  • Délégation régionale aux droits des femmes et à l’égalité
  • Conseil Régional de Haute-Normandie
  • Délégation régionale à l’agriculture et à la forêt

Réalisation, coordination scientifique : Centre Maurice Halbwachs (ex-Lasmas)/ Cereq-Centre associé de Basse-Normandie, MRSH-Université de Caen. Clotilde Lemarchant, maître de conférences

Quelques résultats de l’enquête réalisée en Basse-normandie

Un article complet de Clotilde Lemarchant avec trois portraits d’élèves intitulé « Unique en son genre » est accessible sur le site de l’université de Lille1 dans la rubrique Actualites et Colloques/TravailEmploiFormation.

- Filles et garçons sont d’accord sur trois points :

  • Neuf sur dix préfèrent des classes mixtes et ne souhaiteraient pas voir apparaître des classes de filles uniquement ou de garçons dans les formations qu’ils ou elles ont choisies.
  • Ils et elles se sentent intégrés dans leur classe en fin d’année, même si elles ont eu à faire face à d’importantes difficultés en début d’année.
  • Ces jeunes sont pour la plupart soutenu(e)s par leurs familles dans leur choix. Les filles minoritaires de genres se disent plus souvent soutenues que les garçons dans leur projet atypique.

- Les filles subissent durablement un sexisme quotidien

« Ils me disent : "tu n’as pas ta place ici" ; "Tu es une fille, donc tu ne peux pas avoir raison" ; "Il faut avoir du caractère". Plusieurs songent à abandonner, à se réorienter. La présence de ces filles est parfois vécue comme « une provocation ».
Elles s’imposent avec de bons résultats scolaires, le soutien d’un enseignant. Les timides et les pacifiques peinent, les plus assurées et combatives parviennent à s’imposer, en adoptant souvent une attitude « garçonne ».

À quelques exceptions près, la structure scolaire semble peu sensibilisée aux difficultés que vivent la plupart de ces jeunes filles qui évitent de se confier, par crainte d’être étiquetées comme « fayottes ».

Pourtant, les élèves témoignent de l’efficacité des interventions d’enseignants, de CPE ou de proviseurs. La mise en place d’un tutorat peut s’avérer un moyen judicieux pour que les filles puissent parler des problèmes qu’elles rencontrent.

- Les garçons sont choyés

S’ils sont 25 % à désigner des difficultés d’intégration en début d’année, celles-ci sont rapidement résolues, en quelques jours. Ils se disent bien entourés, « chouchoutés », apprécient la présence de filles, le sérieux qu’elles garantissent durant la formation.

Les garçons moins motivés dans des spécialités moins prestigieuses
Les filles uniques en leur genre ressentent comme un handicap leur situation d’exception durant leur formation, mais elles l’ont choisie en fonction d’un véritable projet professionnel cohérent. La formation suivie est choisie dans 75 % des cas chez les filles, dans 45 % seulement des cas chez les garçons. Les garçons minoritaires souffrent de leur orientation puisqu’ils se retrouvent dans des filières « féminines » globalement moins valorisées (carrières sanitaires et sociales, secrétariat, comptabilité)

- Un effet de seuil

Etre fille ou garçon est souvent décrit comme source de malaise par les filles et les garçons. Il existe cependant un effet de seuil : en deçà d’un certain seuil, la dimension minoritaire devient écrasante. Trop peu de personnes partagent le même vécu et il devient impossible de s’organiser en contre-pouvoir et de se faire entendre.

- Avenir et perspectives professionnelles

Venus par défaut dans une formation parfois éloignée de leur premier choix, les garçons atypiques restent toutefois confiants dans leur avenir professionnel : les médias, leur entourage familial ou scolaire leur laissent
entendre qu’à diplôme égal, un homme sera mieux employé qu’une femme. À l’inverse, les filles sont venues par choix dans ces formations mais sont anxieuses pour leur avenir. L’expérience de recherche d’un lieu de stage leur montre combien leur place n’est pas acquise à l’avance. Trouver un maître de stage acceptant la présence d’une femme relève du parcours de la combattante.

- Données statistiques

Pour les sections professionnelles et technologiques ainsi que les classes de 1ères et terminales sciences de l’ingénieur-e, les élèves minoritaires de genre étaient 824 dans l’académie de Rouen à la rentrée 2007.
La répartition était de 393 filles et 431 garçons.
Ces élèves étaient accueillis parmi un total de 9228 élèves (total des sections comptant des minoritaires de genre). Précisions également que de nombreuses classes sont constituées uniquement de garçons ou de filles, ce qui peut parfois encore accroître le sentiment d’être minoritaires lorsque l’établissement propose des spécialités choisies soit par des garçons, soit par des filles.

Plus de détail sur la répartition des élèves minoritaires de genres dans les établissements de l’académie.

SAIO Rectorat de Rouen

Documents joints